Quand la France interdisait le MMA, ses combattants s’exilaient pour survivre
Les pionniers du MMA français ont longtemps été contraints à l’exil pour pouvoir exercer leur métier, à une époque où le sport était interdit sur le territoire national.
Aujourd’hui, voir un combattant français remplir une Arena à Paris ou faire la une des cartes UFC semble presque évident. Ciryl Gane, Nassourdine Imavov ou Manon Fiorot incarnent une réussite devenue visible, médiatisée, assumée.
Mais cette normalité est récente. Et surtout, elle repose sur une anomalie historique longtemps ignorée.
Pendant près de vingt ans, la France a formé des combattants de très haut niveau… tout en leur interdisant de pratiquer légalement leur sport sur son propre territoire. Le MMA était banni, assimilé à une violence sans règles, sans reconnaissance institutionnelle. Résultat : pour espérer vivre de leur métier, les meilleurs ont dû partir.
Sans événements nationaux.
Sans sponsors français.
Souvent sans public.
Voici l’histoire de ces pionniers du MMA français. Ceux qui ont combattu loin de chez eux, dans l’ombre, et sans qui la génération actuelle n’aurait jamais existé.
Cheick Kongo, la longévité comme manifeste
Si Ciryl Gane représente aujourd’hui l’explosion médiatique du MMA français, Cheick Kongo en est la colonne vertébrale. Sa carrière n’est pas celle d’un phénomène, mais d’un homme qui a duré, encore et encore, dans la catégorie la plus impitoyable du sport.
Palmarès professionnel : 31 victoires, 12 défaites, 2 nuls.
Entre 2006 et 2013, Cheick Kongo dispute 18 combats à l’UFC, un record absolu pour un Français à cette époque. Il affronte les meilleurs poids lourds du monde, souvent sans la reconnaissance qu’il mérite en France, où le MMA reste invisible.
Le moment qui a marqué l’histoire
Le 26 juin 2011, face à Pat Barry, Kongo vit l’un des scénarios les plus fous de l’histoire de l’UFC. Mis knockdown à deux reprises, proche de l’arrêt de l’arbitre, il se relève presque par instinct et envoie un crochet/upercut droit qui met fin au combat.
Revivez Cheick Kongo vs Pat Barry :
Ce KO fait le tour du monde. Il devient une référence… sauf en France, où peu de médias relaient l’exploit.
Son héritage
Cheick Kongo a prouvé qu’un Français pouvait s’installer durablement au plus haut niveau mondial, puis terminer sa carrière au sommet du Bellator. Il n’a jamais été une hype, mais il a été une certitude.
Cyrille “The Snake” Diabaté, le technicien avant l’heure
Avant d’être un coach respecté, Cyrille Diabaté était déjà un combattant d’élite. Quadruple champion du monde de muay-thaï, il fait partie des tout premiers Français à comprendre que le MMA n’est pas une bagarre, mais une discipline complète.
Son parcours est international :
PRIDE FC au Japon, où il affronte Mauricio “Shogun” Rua en 2006, puis l’UFC quelques années plus tard.
Hightlight de Cyrille Diabate :
Une avance technique
À une époque où le MMA est encore caricaturé, Diabaté impose une approche propre, précise, presque pédagogique. Il excelle dans le clinch, la gestion de la distance, la lecture du combat. Il montre qu’intelligence et stratégie ont autant de valeur que la puissance brute.
Après la cage
Son impact dépasse largement sa carrière sportive. Avec la Snake Team, Cyrille Diabaté pose les bases de l’une des premières structures françaises réellement orientées MMA moderne. Une transmission essentielle, à un moment où la France ne proposait encore aucun cadre officiel.
Francis Carmont, l’exil comme condition de réussite
Francis Carmont incarne peut-être le mieux la réalité du MMA français d’avant la légalisation : pour réussir, il fallait partir. Vraiment partir.
Il quitte la France pour s’installer au Tristar Gym à Montréal, sous la direction de Firas Zahabi, aux côtés de Georges St-Pierre. Ce choix change sa carrière.
Entre 2011 et 2013, Carmont enchaîne six victoires consécutives à l’UFC, et intègre le Top 10 mondial des poids moyens.
Athlétique, discipliné, extrêmement solide défensivement, Carmont prouve une chose essentielle : au plus haut niveau, le talent ne suffit pas. Il faut un environnement professionnel, une méthodologie, une vision long terme.
Ce que la France n’était tout simplement pas en mesure d’offrir à l’époque.
Francis Carmont Highlights :
Xavier Foupa-Pokam et Karl Amoussou, les combattants sans frontières
Certains pionniers n’ont jamais eu de trajectoire linéaire. Ils ont accepté les combats difficiles, les voyages incessants, les conditions imparfaites. Par nécessité plus que par choix.
Xavier “Professor X” Foupa-Pokam
UFC, Russie, Moyen-Orient… Foupa-Pokam combat partout, contre n’importe qui, souvent avec peu de préavis. Il devient le symbole du combattant professionnel au sens brut : prêt à se battre anytime, anywhere.
XAVIER FOUPA POKAM Vs JOHN TROYER :
Karl “Psycho” Amoussou
Judoka de formation, style agressif, mental de compétiteur. En 2012, Karl Amoussou remporte le tournoi welterweight du Bellator, une performance majeure sur le plan international.
En France, pourtant, l’exploit passe presque inaperçu. Le MMA n’a pas encore droit de cité, ni dans les médias, ni dans les institutions.
Karl Amoussou highlights :
Quart de finale Tournoi bellator :
Ce que la nouvelle génération leur doit
Quand Ciryl Gane combat à Paris, quand Imavov vise le top mondial, ils ne démarrent pas de zéro. Ils arrivent dans un sport enfin reconnu, structuré, soutenu.
Les pionniers, eux, ont avancé sans filet.
Ils ont construit une crédibilité internationale pendant que leur pays détournait le regard.
Le MMA français n’est pas né en 2020.
Il a survécu pendant vingt ans avant d’exister officiellement.
Et cette histoire mérite d’être racontée.













